
Sous la surface qui se ride, se meuvent les ombres.
Longtemps j'ai eu si peur, que je n'osais regarder.
Maintenant, la vision étrange de ce monstre sombre,
Empoisonne mon esprit d'un miasme mauvais.
Dans l'océan brulant de ton regard orange,
Sous l'humide frondaison de tes arbres ciliés,
Se cache rusé, le plus noir de tous les anges,
Broyant mon coeur dans ses griffes rouillées.
Recraché sur le rivage, souillé, ensanglanté,
Je flotte dans la folie liquide de mes peurs.
M'éloignant de la froide clarté de tes regrets,
Mortelle dépouille d'un amour qui se meurt.

Tout commence et tout finit ici.
Quelques battements de coeurs, vaines agitations
de fourmis avides refusant d'accepter l'éphémère.
Des Dieux, des Dieux pour supporter nos piètres
existences.
Des Dieux pour notre grandeur et notre petitesse,
des Dieux pour notre raison, pour notre irresponsabilité.
L'Homme est un Dieu pour l'homme !
L'inespérée conscience, éveillée il y a seulement quelques
minutes à l'échelle cosmique et qui se croit déjà si
importante et si indispensable qu'elle méprise et asservit
en son propre nom...
L'inespérée conscience, miroir aux alouettes qui nous emprisonne
et nous leurre si bien que déjà disparait l'Autre.
Celui que nous étions, ensemble, frère arboricole, partie d'un Tout
accepté sans concession.
La solitude n'est que le résultat.
Nous sommes seuls, désormais, et la cause est là, juste sous nos yeux.
L'orgueil !
L'orgueil de défier le monde, de se redresser sur nos jambes courtaudes et de
regarder le soleil, le poing dressé.
L'orgueil d'être plus, toujours plus, plus grand, plus fort, plus intelligent,
plus riche, plus féroce...
L'orgueil de Pouvoir donne le pouvoir...
Ainsi je m'élève, je me hisse au dessus de tout, ainsi je suis le maitre.
Il y a un instant à peine, je humais l'air, cherchant les odeurs rassurantes
du troupeau. J'ai inspiré, profondemment, et me voici enfant capricieux.
Me voici avec l'illusion de puissance, avec l'illusion du pouvoir,
pouvoir de créer ou de détruire, me voici avec l'illusion du Pouvoir
d'un Dieu.
L'Homme est un Dieu pour l'homme...
L'air commence à me manquer...mais je n'ose respirer encore...
Qui sait où elle pourrait me conduire...
De l'arbre à la terre et maintenant...
De la terre au néant ?...
Il faut que j'inspire,
Pourtant j'ai si peur...
Tintent les cloches, tintent les cloches,
glissant des floconneux nuages,
un traineau et son bel attelage
aux rennes magestueux, s'approche.
Tintent les cloches, tintent les cloches,
sous les toits pointus, la race humaine
accroche à l'âtre ses bas de laine,
qui ses souliers, qui ses galoches.
Tintent les cloches, tintent les cloches,
les petits d'hommes s'en vont au lit.
Une étoile s'invite, qui
luit au firmament où elle s'accroche.
Tintent les cloches, tintent les cloches,
un bruit enfin dans le salon,
les yeux fermés sous l'édredon,
les poings serrés comme gavroche.
Tintent les cloches, tintent les cloches,
les pattes s'agitent dans le silence,
les rennes magiques enfin s'élancent,
sur les nuages qui s'éfilochent.
Tintent les cloches, tintent les cloches,
l'enfant bien sur s'est endormi,
à poings fermés dans son grand lit,
après minuit, sonnent les cloches.
Sonnent les cloches, sonnent les cloches,
c'est la douce nuit de Noël,
dans une étable, venu du ciel,
un enfant né, Melchior s'approche.
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