Mes frêres
Ils sont la, dressés dans l'automne qui s'enfuit.
Leurs corps noircis, patinés par les vents d'un hiver précoce.
Le chant crisseux d'un tapis de feuilles rousses et frissonantes pour seul accompagnement.
Ils sont la, dressés, immobiles gardiens du miroir gelé ou dandinent de frileux palmipèdes.
Leurs dures écailles de bois craquèlent sous l'humide brume matinale.
Ils sont la, dressés, attendant en silence que la terre s'éveille.
Attendant, patients, le moment sublime ou la sève exulte, l'indispensable moment ou la vie explose en milliers de feuilles au vert si tendre et si jeune.
Le moment ou la bise devient brise, le moment ou les feuilles mortes à l'automne soudain s'animent et s'écartent tendrement pour laisser le printemps reverdir leurs pieds chenus.
Ils sont la volonté de la vie, ils sont l'oxygène du monde.
Parfois, je voudrais moi aussi être la dressé parmi eux, arbre parmi les arbres, être enfin dans le rythme des saisons, dans le rythme du monde.
Mes frêres, attendez moi, j'arrive, je suis en route, mon écorce se fend de joie à la pensée de vous retrouver, à la pensée de partager enfin l'immobile certitude de la vie.
Mes frêres attendez moi, je suis moi aussi un arbre parmi les arbres.
Mes frêres attendez moi...
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