Le premier temps

Dans les ruelles sombres de ma peine, les arbres de tristesse, lourds comme des platanes,
ont déposés leurs feuilles sur le sol gelé.
Comme un tapis de larmes d’or échappées des yeux trop tendres d’un géant malheureux,
elles ont recouvert le bitume glacé de désespoir.
Longtemps le chemin dissimulé sous mes pieds a craqué de mille plaintes,
les larmes d’or se transformant en feuilles mortes dans l’hiver infini de mon cœur.
Mais voici que je lève la tête vers la cime calciné de ces gardiens immobiles et que
j’aperçois les prémices du premier temps.
Le temps du printemps comme un impossible peut-être, qui fait tourner la tête et qui
nous envahit d’un et si ?
Dans lequel s’enracine le doux, le tendre, le nécessaire espoir.
Le premier temps, celui de l’insouciant bonheur en fleur, celui du soleil de ton cœur,
celui du bruissement des frondaisons de mon amour dans la douceur de l’été.
Dans les sombres ruelles de ma peine, soudain mes arbres de tristesse font voler en éclat leurs noires
écorces, mettant à nue la verte sève sucrée de l'amour qui se souvient.
Les bourgeons s’étirent dans l’incroyable matin, laissant le tiède soleil de mars caresser avec
émotion leur tendre robe de promesses.
Assoyons-nous sur ce banc du bonheur, toi et moi, comme au premier matin.
Je vais prendre ta main dans la clarté du jardin et te raconter sans fin, l’amour,
L’amour qui est le mien.
Te dire je t'aime et puis le faire...