Voyage

Ainsi j’arrime mes mots,
Dans la cale de mon stylo,
Préparant le doux voyage,
De ma plume sur la page.
L’ancre au fond de l’eau,
Dilue le sens des mots,
Et pose en aquarelle,
Mes rimes comme dentelles.
Parfois le vent est là,
La voile vélin tire le mat,
L’esprit joyeux s’enfrémit,
Les pleins enfin se délient.
Mais le plus souvent,
ne souffle aucun vent,
La plume reste au port,
De son ventre rien ne sort.
Le poète se croit mort,
Pour lui plus de réconfort,
Il pose, marie sur le canson,
Une larme de frustration.
Une goutte saline en demi-lune,
Entre la trame et l’ample plume,
Se mêle à l’encre pour écrire,
Des mots d’amour en devenir.
L’homme a l’âme émerveillée,
Voit alors sa page enluminée,
S’envoler tout doucement,
Vers les cœurs de mille amants.