L'étang

Une onde soyeuse s'enroule en cercles infinis sur la tendre surface
de l'étang sans teint.
Le chant brulant de vie de l'été se mêle aux stridulations joyeuses dans la
touffeur des herbes folles.
L'enfant, de sa petite main, trace son chemin de galets plats sous
l'azurée surface.
Le miroir se brise alors en million d'éclats dorés de soleil puis se
recompose sous le regard émerveillé de l'innocence.
Le temps s'arrête, comme surpris, comme ému par l'instant d'infini.
La scène frissonne, l'enfant fredonne, il esquisse un pas de danse,
oubliant le monde, oubliant le temps, oubliant l'étang.
Un poisson farouche, gêné par le tempo chaotique, glisse vers le fond,
frottant son fuselage argenté contre l'aqueuse atmosphère,
se laissant gorger de fraicheur.
Le temps se fige...
Le temps se fige et puis repart, finalement blasé de l'humaine magie,
finalement déçu par la simplicité de la vie,
incapable de voir l'instant éternel gravé à jamais.
Il repart emportant avec lui l'étang, le galet, les herbes et les chants,
emportant avec lui le poisson et l'enfant.
L'enfant, inconscient du passé et du présent le sait déjà
et il s'en souviendra.
Le moment venu, comme une brise fraiche passe dans les blés frémissants
en murmurant un doux chant d'amour, le moment venu,
lorsque ses rêves seront recroquevillés en égoïstes et dérisoires habitudes
dans un coin de sa vie, cet instant lumineux lui sera rendu.
Comme un présent la nuit de noël,
le souvenir sera là,
devant ses yeux émerveillés d'adulte médiocre et besogneux.
Il sentira la douceur de l'herbe, la tendre brise d'été,
le poids sur sa peau, la chaleur du galet dans sa main.
L'enfant depuis longtemps disparu sera là,
à coté de lui et lui prendra la main pour l'accompagner,
l'espace d'un instant au bord de l'étang.
Il verra s'étendre devant lui l'onde soyeuse s'enroulant en cercles infinis
sur la tendre surface de l'étang sans teint et ses larmes viendront
baigner de douceur son âme desséchée.
l'instant volé sera alors rendu...
L'homme et l'enfant enfin réunis,
enfin réconciliés dans le même regard jusqu'à la fin du rêve,
jusqu'à la fin du chant.